Comment apprécier une église moderne : l’église Saint Jacques, Port Leucate

Athée, agnostique ou croyant, on ne peut que s’extasier devant les merveilles d’architecture que les religions toutes confondues ont érigées dans nos villes, à la gloire de leur(s) Dieu(x). Parfois grandioses, parfois toutes en simplicité, on y trouve souvent quelque chose de touchant, d’émouvant. Pour ma part, que j’y pénètre en tant que fidèle, comme dans une église catholique ou en tant que touriste comme je l’ai fait dans la synagogue consistoriale de Metz, je me laisse toujours habiter par le lieu. L’atmosphère particulière ? le silence ? la pénombre ? la lumière ? Allez savoir ! Un lieu de culte porte un message. Son plan, sa disposition, ses matériaux, sa décoration ont tous une raison d’être… A nous d’apprendre à regarder.

Ces églises, si grandes, si belles, si parlantes

Il va sans dire que je ne visite que rarement une ville en faisant l’impasse sur son église.

Parmi celles que j’ai visitées, il y en a eu des majestueuses comme ces grandes cathédrales chargées d’art et d’histoire… En pénétrant à l’intérieur, on ne peut que ressentir la ferveur de ces bâtisseurs de cathédrales, leur extrême dévotion, leur foi sans faille. D’ailleurs, bâtir de tels lieux avec les moyens de l’époque relevait en soit déjà d’un petit miracle.

Mais la plupart du temps je découvre des églises plus intimes. Parfois je les ai connues parce qu’elles sont des lieux de pèlerinage, ou parce que j’ai entendu parler des œuvres remarquables qu’elles contiennent, mais le plus souvent je les ai découvertes par hasard. Il y en a des romanes, très massives, des gothiques dont les pierres ressemblent à de la dentelles, des classiques ou néoclassiques très simples. Il y en a également des sombres, des lumineuses, certaines possèdent des reliques importantes, d’autres des vitraux peu communs. Bref, j’y trouve toujours un intérêt.

Et puis il y a les églises résolument modernes qui semblent prendre quelques libertés par rapport aux se réapproprier les règles architecturales transmises jusqu’au milieu du XXème siècle. Nous avons tous, en règle générale, un peu de mal avec cette modernité : les grues, les toupies de béton et les camions de gravats font beaucoup moins rêver que les pierres de taille d’antan, et les centaines d’artisans s’affairant autour d’un projet d’une vie, tels des abeilles dans une ruche.

Alors j’aurai pu vous parler dans ce rendez-vous de la cathédrale de Metz, surnommée lanterne du Bon Dieu, ou de la petite église de Fréteval, si chère à mon cœur. Mais après concertation avec moi-même, j’ai préféré vous faire découvrir une petite église dans laquelle vous ne seriez sûrement jamais entré, même si vous en aviez eu l’occasion.

Cette nouvelle église construite à Port Leucate : l’église Saint Jacques

Il est rare de nos jours d’assister à la construction d’une église, et pourtant !

Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais il y a quelques mois, je vous parlais d’une petite station balnéaire familiale, animée et absolument hors du commun. Elle offre chaque année à quelques dizaines de milliers de touristes privilégiés les plus belles plages de France (en toute impartialité toujours).

Et bien nous voici de nouveau à Port Leucate, mais dans le Port Leucate d’il y a une trentaine d’années.

La première fois que je suis descendue dans cette ville, c’était en 1989. Les allées de lauriers étaient alors des allées de tamaris, il n’y avait de construit que quelques lotissements, par-ci par-là, le port et une grosse partie du Front de Mer.

Il y avait à l’époque dans la station, une petite chapelle… Enfin une salle quoi, dans laquelle rapidement, tout le monde ne pouvait plus rentrer. Alors parfois au milieu de l’été, les messes étaient célébrées directement dehors, à l’ombre des lauriers. D’autres fois, quand la tramontane soufflait trop fort, ou qu’il faisait vraiment trop chaud, une partie de la communauté s’asseyait dans la chapelle dont on ouvrait les immenses portes, et les derniers arrivaient restaient à l’ombre dehors. C’était les seules messes de l’année (avec celle de Noël), auxquelles j’assistais sans me faire prier !

Et puis finalement un jour, des décisions furent prises et une église sortit de terre ! On était en 2008. Ainsi, à l’heure où les églises peinent de plus en plus à remplir leurs bancs, où certaines sont même désacralisées et vendues, on voit encore quelques clochers s’ériger !

Une architecture résolument moderne mais toujours très symbolique

« Dieu est semblable à un cercle dont la circonférence est partout et le centre nulle part », Saint Augustin

C’est effectivement une église toute ronde qui sort de terre.

entrée de l'église et patio

Vous le voyez, on est ici bien loin de la forme en croix des églises historiques. La seule église ronde que je connais en France est la cathédrale d’Evry… Elle aussi très loin des standards habituels. Et pourtant si chez nous cette forme paraît résolument moderne, au Danemark, par exemple, sur l’île de Bornholm, il existe également 4 églises rondes, datant, je vous le donne en mille…du XIIème ou XIIIème siècle !

Il y a :

  • – Nylars, la mieux préservée. Les peintures murales de son pilier central racontent l’histoire de la création (Adam et Eve),
  • – Olsker, la plus haute des églises rondes (28 mètres de haut). Elle a été reconstruite et renforcée à plusieurs reprises.
  • – Nyker, la plus petite des quatre églises rondes de Bornholm. Son pilier central est richement décoré de peintures d’époques diverses.
  • – Østerlars, considérée comme la plus ancienne et est une des principales attractions de l’île.

J’ai même lu que ce n’était pas les seules du Danemark, mais je n’ai aucune idée de où sont les autres ! D’ailleurs si quelqu’un sait ?

Cette forme ronde est vous l’avez compris symbolique. Le cercle est la forme des premières habitations humaines, des nids d’oiseaux, de l’entrée des terriers. C’est aussi la forme de rassemblement spontanée des êtres vivants : celle des pingouins sur la banquise, celle des interminables tables rondes qui n’aboutissent jamais à rien, celle des mêlées au foot… Un cercle rassemble, et met tout le monde sur un pied d’égalité.

L’allée principale et le clocher

Une petite allée bordée de douze colonnes (six de part et d’autre) mènent les fidèles et les touristes de la rue principale à l’entrée de l’église. Il s’agit de douze colonnes en grès de Carcassonne. Douze colonnes pour symboliser la foi qui s’appuie sur les douze apôtres de Jésus.

église Saint Jacques Port Leucate

Et parce qu’une église ne serait pas une église sans son clocher, celui-ci surmonté d’une croix en forme de vague culmine à 19 mètres.

Le carillon est constitué de 17 cloches, alimentées par des câbles électroniques qui pourront jouer plus de 120 mélodies différentes. Sur ces cloches sont gravées les paroles de Daniel (Dn 3, 57-88.56) « Vous les cieux, Vous tous souffles et vents, Vous baleines et bêtes de la mer, Bénissez le Seigneur. Vous les enfants des hommes, bénissez le Seigneur« . N’importe quelle personne connaissant la station comprendra le clin d’oeil !

les 17 cloches du carillon de l'église de Port Leucate sont gravées

Une décoration intérieure simple mais charmante

En entrant, on découvre un mobilier très épuré et résolument moderne en face de nous, le chœur, et son autel en inox, à gauche le coin de Marie

statue de la Vierge Marie église St Jacques Port Leucate

A droite le coin de Saint Jacques, saint patron des pêcheurs et de cette église de bord de mer.

statue de St Jacques, église saint Jacques Port Leucate

Des vitraux résolument modernes qui racontent une histoire

Mais ce sont avant tout les vitraux qui m’attirent. Juste derrière l’autel, on trouve celui de l’Apôtre Jacques, saint patron de cette église.

de nombreux symboles se cachent dans le dessin du vitrail de Saint Jacques. Saurez-vous les retrouver ?

Saint Jacques porte, pour évoquer sa vie de pèlerin : gourde, besace, bourdon (longue canne de marche) et coquille saint Jacques. Une croix primatiale rappelle sa fonction d’apôtre et d’évêque, l’épée sa décapitation, et la couleur rouge qui coule de son manteau, le sang des martyrs. Des sandales sont posées sur le chemin qui conduit à la lumière. La source en bas est le symbole des sacrements et plus spécifiquement du baptême.

De part et d’autre de ce vitrail, un vitrail en forme de croix commence une histoire illustrée tirée du livre de Daniel, chapitre 3. 

Nabuchodonosor prit la parole : « Est-il exact que vous ne servez pas mes dieux et que vous n’adorez pas la statue d’or que j’ai dressée ? Si vous ne l’adorez pas au moment même, vous serez jetés au milieu de la fournaise de feu ardent et quel est le dieu qui vous délivrera de ma main ? »… « Si notre Dieu que nous servons peut nous délivrer, qu’il nous délivre de la fournaise de feu ardent et de ta main ô roi ! »

Ils furent jetés dans la fournaise  et ils marchaient au milieu de la flamme en célébrant Dieu et en bénissant le Seigneur.

 

O vous toutes pluies et rosées

O vous tous les vents

Bénissez le seigneur

 

 

O vous éclairs et nuées,

O vous montagnes et collines,

Bénissez le seigneur

 

 

O vous toutes choses germantes,

O vous sources mers rivières

Bénissez le seigneur

 

 

O vous poissons,

vous oiseaux de ciel

Bénissez le seigneur

 

 

 

O vous enfants des hommes

Bénissez le seigneur

 

 

Nous avons bien jeté 3 hommes ligotés au milieu du feu ?

Ils répondirent assurément au roi

Il reprit

Et bien moi je vois quatre hommes qui se promènent au milieu du feu. Ils sont parfaitement indemnes, et le quatrième ressemble à un être divin

Et il s’écria Béni soit le Dieu de Sidrac, Misac et Abdenago, qui a envoyé son ange et délivré ses serviteurs ! Ils ont mis leur confiance en lui, et ils ont désobéi à l’ordre du roi. Ils ont livré leurs corps plutôt que de servir et d’adorer un autre dieu que leur Dieu.

 

Bénis sois-Tu dans le firmament du ciel,

Vous tous les anges

O cieux

 

 

 

O vous les eaux au dessus du ciel.

Bénissez Dieu

 

 

O vous soleil et lune

vous, astres du ciel

Bénissez le seigneur

 

Un arc en ciel de couleur sur les bancs de l’assemblée

Lorsque le soleil passe au travers des vitraux, c’est tout un arc en ciel de couleurs qui est projeté sur le sol, les murs et les bancs.

(à partir d’une légende amérindienne)

Un beau jour, toutes les couleurs du monde se mirent à se disputer. Chacune prétendait qu’elle était la plus belle, la plus importante, la plus utile, la préférée de Dieu.

Elles se vantaient à haute voix, chacune bien convaincue d’être la meilleure, et le bruit de leurs querelles enfla de plus en plus.

Soudain un éclair d’une lumière aveuglante apparut dans le ciel, accompagné de roulements de tonnerre et la pluie commença à tomber à torrents, sans discontinuer.

Effrayées, toutes les couleurs se précipitèrent sous le premier abri, se disputant les meilleures places, devenues ternes et sans éclat.

La pluie prit la parole :

« Stupides créatures qui vous battez entre vous, chacune essayant de dominer l’autre, ne savez-vous pas que c’est Dieu qui vous a faites toutes, uniques et différentes, chacune avec sa beauté ? Il aime chacune d’entre vous et il a besoin de vous toutes. Maintenant, donnez-vous la main et sortez en pleine lumière. »

Et Dieu étendit les couleurs côte à côté en travers du ciel, en un immense ruban harmonieux, réconciliées et en paix, lumineuses et vivantes.

Un moment de grâce chaque été dans la station

Chaque été, la semaine du 25 juillet, musiques, animations, célébrations et processions se déroulent dans les rues, le port et l’église Saint-Jacques de Port-Leucate.

Parmi les événements phares :

  • – la bénédiction des quais : procession en musique de l’église saint Jacques au port. Une fois sur les quais, le prêtre embarque sur un bateau pour bénir tous les bateaux du port et des quais
  • – la bénédiction en mer (dédiée à tous les marins) : procession de l’église saint Jacques à l’ancienne Capitainerie. Elle prendra ensuite le large, et seuls les plaisanciers et vieux gréements continueront à suivre le cortège.
  • – la messe de la saint Jacques, particulièrement festive
  • – le grand feu d’artifice

Et maintenant le concours

Je suis très heureuse de vous avoir fait découvrir cette église moderne qu’à tort on pourrait juger trop vite et qui si on prend le temps de l’apprivoiser se révèle être une très belle église, accueillante et d’une élégante simplicité.

Mais toutes les belles choses ont une fin et maintenant place au concours.

Depuis quelques temps, je participe à un rendez-vous mensuel inter-blogueur organisé par le coin des voyageurs : #EnFranceAussi . C’est grâce à ce rendez-vous, que j’essaie de vous faire découvrir des lieux que j’aime à travers nos découvertes en famille.

Pour ceux qui me suivent, vous le savez sans doute déjà, ce Rendez-vous s’est associé à Gallimard Loisirs  pour vous permettre, de gagner deux Geoguides. Ce mois-ci, c’est Baie du Mont Saint Michel

Comment participer ?

Le jeu se déroule du 1 au 20 mai 2017.

Alors pour participer, il suffit de commenter un des articles du rendez-vous (cet article ou celui de votre choix parmi les blogs participants)

ET

de commenter la page Facebook #EnFranceAussi (en indiquant le blog que vous avez commenté).

Ensuite, il y aura un gagnant parmi les blogueurs, et un autre gagnant parmi les lecteurs. Pour en savoir plus, le règlement est disponible ici.

Liste des autres participants :

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18 réponses à Comment apprécier une église moderne : l’église Saint Jacques, Port Leucate

  1. Anne dit :

    En effet, quelle découverte!
    Ca me rappelle un peu la cathédrale de Rio, toute ronde elle aussi…

    • Plume dit :

      C’est surprenant, je trouve !
      Disons qu’à la base, je suis assez réfractaire à la modernité…
      Mais comme on ne voit pas tous les jours une église sortir de terre, je voulais en parler lol.
      Et puis finalement, en prenant le temps de comprendre, en s’appropriant l’architecture etc, on finit par apprécier… Enfin, moi oui

  2. j’aime beaucoup les vitraux, ils sont très réussis!

    • Plume dit :

      La première fois que je suis entrée dans cette église, Je l’ai trouvée bof.
      La deuxième fois aussi d’ailleurs !
      Quand aux vitraux, je les trouvais jolis et voilà.
      Puis j’ai compris la cohérence de l’ensemble avec ce texte biblique, le lien avec les cloches, le clin d’oeil à la tramontane.
      Finalement oui c’est beau, mais c’est plus facile de le voir quand on comprend !

  3. Mitchka dit :

    les vitraux sont magnifiques… mais j’avoue que je trouve assez peu de charme aux églises modernes … en tout, c’est une belle idée d’en présenter une : c’est la seule je crois 🙂

    • Plume dit :

      Moi aussi en général… mais pour celle-ci je fais exception.
      C’est sur qu’elle n’a rien d’architecturalement magique. On est loin des bâtisseurs de cathédrale… mais j’aime son intimité, son arc en ciel de couleurs qui inonde des bancs.
      Elle me touche malgré tout

  4. Ping :La Grande Mosquée de Paris – 1916 kilomètres

  5. J’ai hésité à présenter l’église de Lorient, pas très jolie car sombre et moderne mais atypique. Merci de la découverte !

    • Plume dit :

      j’ai été voir sur google. C’est vrai qu’elle est moderne. D’ailleurs bizarre qu’elle soit sombre alors que justement, elle est moderne ! Tu auras bien d’autres occasions d’en parler…

  6. Itinera Magica dit :

    Merci pour ce bel article plein de ferveur et de poésie qui donne de l’âme à ces églises qu’on a souvent du mal à apprécier. Bravo !

  7. Pierre dit :

    Quelle belle église (moderne) !! Elle est effectivement surprenante et c’est une jolie découverte. Les vitraux sont magnifiques. J’aime particulièrement la forme du clocher. Merci pour ce reportage ! 🙂

  8. Une église résolument originale. C’est sûr que nous ne sommes pas habitués à en voir des rondes

  9. Sylvie dit :

    Tu as bien fait de nous présenter cette église car effectivement je pense que je serais passée devant sans y prêter attention. En connaissant son histoire et tous ces détails, ça permet de la regarder d’un oeil différent et de l’apprécier à sa juste valeur. Merci pour ce chouette partage !

  10. Sabrina dit :

    Mais dis moi quelle belle église! Je dois t’avouer que la seule et unique fois que j’ai mis les pieds dans une église moderne j’ai trouvé ça affreux! D’une froideur, le sentiment de me retrouver dans une sorte d’entrepôt. Bref c’était trop moche.
    Mais alors celle que tu nous présente est superbe. Ses vitraux bien sur, cet arc-en-ciel, mais aussi cette forme ronde, c’est tout de suite plus doux, plus agréable et plus accueillant.
    Merci pour cette belle découverte.

    • Plume dit :

      Oh bah de rien. J’ai aussi un peu de mal avec le moderne. Apprécier cette forme d’art (que ce soit en architecture ou autre) me demande des efforts. Mais en général je ne le regrette pas.