De Paris au Jura : les buttes-témoins du bassin parisien

Depuis quelques temps, je participe à un rendez-vous mensuel inter-blogueur organisé par le coin des voyageurs : #EnFranceAussi. Ce mois-ci, c’est Boudou Reuzé du blog 1916 kilomètres qui nous a proposé le thème « Côtes et coteaux ». J’ai tout d’abord failli vous parler du chateau de Vaux, le seul chateau de Moselle, puis de la célèbre côte de Lauriole, mais revenant tout juste d’un merveilleux séjour dans le jura, c’est tout naturellement que je vous parle de côtes dans le sens géomorphologique du terme. En effet, en géomorphologie, une côte est l’équivalent de cuesta, c’est à dire un relief causé par l’alternance de roches dures et de roches friables dans un bassin sédimentaire. Un excellent exemple de bassin sédimentaire : le bassin parisien.

Ainsi si vous n’en pouvez plus de compter avec vos enfants le nombre de voitures rouges que vous avez croisé, de jouer au jeu des plaques d’immatriculation, ou encore de chercher des charades toutes pourries, je vous propose un nouveau jeu : compter les buttes témoin !

Géologiquement bassin parisien…

Caractère et délimitations

D’une superficie de 180 000km², le bassin parisien couvre près d’un tiers du territoire français et déborde sur la Belgique, le Luxembourg et l’ouest de l’Allemagne ! Il s’agit d’un bassin sédimentaire subcirculaire de 600km de diamètre, centré sur Paris et bordé par des massifs anciens : le massif Central au sud, le massif Armoricain à l’ouest, et les Vosges à l’est. Il est largement ouvert vers le nord et vers la Manche.

Ce bassin est constitué d’un empilement de couches géologiques de plus en plus anciennes au fur et à mesure que l’on s’éloigne du centre. Cette structure est dite en pile d’assiettes.

Le bassin parisien est donc, en coupe, une sorte de synclinal très aplati. L’empilement d’assiettes est séparé par des rebords abrupts : les cuestas…

géologie du bassin parisien

Les strates sont de taille décroissante de la périphérie vers le centre : le Trias-Lias (couches roses et couches bleues) est très vaste et l’Oligocène-Miocène (le dégradé de jaune) beaucoup plus réduit.

Le centre du bassin est affaissé alors que les bords sont légèrement inclinés vers le dépôt-centre.

Formations et composantes géologiques

Comme tout bassin sédimentaire, la formation du bassin parisien est liée, entre autres, à des mouvements tectoniques qui ont déprimé le socle.

Le bassin parisien se constitue dès le Permien, c’est-à-dire au Paléozoïque, il y a environ 295 millions d’années.

Du Lias au Crétacé moyen (de 199 millions d’années à 100 millions d’années avant nous), la mer gagne vers l’est sur les domaines germaniques ou alpins. A partir du Crétacé supérieur, le bassin parisien est en communication avec le nouvel océan Atlantique, et au Paléogène, soit au début de l’ère tertiaire, il y a 65 millions d’années, la surrection du dôme de l’Artois ferme le bassin vers le nord.

S’est alors produite une accumulation considérable de sédiments, dont l’épaisseur totale, dépassant par endroits les 3 km, ne peut être expliquée que par une tendance à l’enfoncement sous le poids de ces dépôts épais. C’est ce qu’on appelle la subsidence. La cuvette ainsi formée accumule des couches de sédiments concentriques, la dernière couche datant du Crétacée est de la craie d’origine marine.

Le retrait de la mer stampienne a eu lieu à l’Oligocène (il y a 30 millions d’années). Le sud du bassin est un golf avec lacs et lagunes où viennent se jeter d’importants cours d’eau charriant sédiments et argiles. Ils érodent la craie. Le Pliocène supérieur et surtout le quaternaire ancien (il y a 3,4 millions d’années) ont été presque partout la période fondamentale pour la mise en place des formes structurales. En effet, les contrecoups des mouvements violents agitant le massif des Alpes ont entraîné une remontée générale du bassin parisien d’environ 200m.

Diversité géologique

De cette longue histoire de la formation géologique du bassin parisien, il subsiste des sédiments lithologiques locaux contrastés parmi lesquels :

  • – au Trias-Lias, l’érosion des massifs hercyniens « récents » était très forte, et cela a donné les grès vosgiens très épais.
  • – la dernière transgression marine (envahissement des zones littorales par la mer), à l’Oligocène-Miocène, s’étendait jusque loin dans le sud du bassin parisien. Elle a déposé une épaisse couche de sable, dont l’épaisseur varie de 30m à 60m. Ce sable dit de Fontainebleau renferme plus de 95% de silice. Des dunes sont créées par le vent, et les variations de surfaces sont maintenues grâce à la présence d’une nappe phréatique. A leur sommet, le sable se transforme progressivement en dalles de grès, de 4m à 5m d’épaisseur.
Formation du grès en surface

Formation du grès en surface

Ces dépôts sableux reposent sur des calcaires lacustres. Ces buttes constituent un faciès remarquable dans les paysages. Leur conservation au fil du temps résulte probablement d’un abaissement du niveau de la nappe. Pour cela, on peut émettre 3 hypothèses :

  • – il s’agit d’un réchauffement climatique
  • – la ligne de côte s’est éloignée
  • – la silice a précipité, ce qui a eu pour conséquence une cimentation des grains de quartz

A la fin du Miocène (il y a 5,5 millions d’années), une épaisse couche de calcaire et de gravier recouvre le grès de Fontainebleau, qu’une lente érosion va progressivement mettre à jour, laissant apparaître au milieu de la végétation des barres gréseuses.

Le relief en cuesta du bassin parisien

Cuestas et buttes-témoins

Le bassin parisien est donc composé de couches sédimentaires tendres et résistantes en succession alternée. Ces couches ont été légèrement inclinées par la tectonique. On a une structure monoclinale, c’est-à dire avec une inclinaison dans un seul sens et il se dégage des abrupts appelés cuestas.

Sur une carte géologique, on peut observer ce type de relief à chaque transition lithologique et d’âge de roches (on les voit très bien sur la coupe du bassin parisien, à l’est).

coupe géologique du bassin parisien

La cuesta comprend un front qui est abrupte dû à l’interruption de la couche résistante et un revers qui correspond au dos de la couche inclinée. En avant du front, il arrive que des buttes formées par la couche résistante responsable de la cuesta témoignent de l’ancienne extension de cette couche. Il s’agit de ronds de formation plus récente dégagés par l’érosion dans les couches tendres. Ce sont les buttes témoins.

En pratique, ça donne ça : butte témoin bassin parisienComment s’est formé ce relief en cuesta ?

On peut expliquer la formation des cuestas, dans le bassin parisien, de la manière suivante :
il y a très longtemps, le bassin parisien était horizontal, c’était une surface d’aplanissement. Puis il y a eu un enfoncement des rivières. Lors du passage de la mer au Miocène, tout le bassin a été nivelé. Puis lorsque celle-ci s’est retirée, l’érosion a attaqué les terrains tendres, comme on peut le voir sur le schéma suivant :

explications de la formation des cuestas

Cependant toutes les cuestas sont loin d’être modelées sur le même type. Un front de cuesta étant l’œuvre de l’érosion, il recule à des rythmes différents, fonctions de plusieurs facteurs tels que :

  • – le plus ou moins fort pendage des couches
  • – l’épaisseur relative des deux couches (tendre et dure)
  • – la différence de résistance entre ces deux couches

Maintenant, à vous de jouer, dites moi en commentaire où vous avez vu belles plus belles buttes-témoin ! Moi ce serait la butte Montmartre, le mont saint Quentin et la colline de Sion-Vaudémont.

Place au concours

Pour ceux qui me suivent, vous le savez sans doute déjà, ce Rendez-vous s’est associé à Gallimard Loisirs  pour vous permettre, de gagner deux encyclopédies du voyage. Ce mois-ci, c’est Chinon, Voyage au pays de Rabelais

 

Comment participer ?

Le jeu se déroule du 1 au 15 juin 2017.

Alors pour participer, il suffit de commenter un des articles du rendez-vous (cet article ou celui de votre choix parmi les blogs participants)

ET

de commenter la page Facebook #EnFranceAussi (en indiquant le blog que vous avez commenté).

Ensuite, il y aura un gagnant parmi les blogueurs, et un autre gagnant parmi les lecteurs. Pour en savoir plus, le règlement est disponible ici.

Liste des autres participants :

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18 réponses à De Paris au Jura : les buttes-témoins du bassin parisien

  1. Anne dit :

    C’est cool, la géol!

  2. tania dit :

    eh mais tu parles un peu de chez moi
    à priori qd on parle de dune je ne pense pas à la région parisienne hi hi

  3. Ping :Merveilleuses Côtes de Meuse – 1916 kilomètres

  4. Paule-Elise dit :

    Merci pour ces explications, décidément on apprend plein de choses avec #EnFranceAussi 😉
    Juste un détail sur les liens que tu as mis à la fin : nous c’est « Merveilleuses Côtes de Meuse », pas de Toul 😉 Bon c’est pas loin c’est vrai… Si tu peux modifier ? Merci !

  5. Sylvie dit :

    Si la météo avait été plus favorable pour le week-end du 1er mai, j’aurai du aller randonner dans la forêt de Fontainebleau. Ce n’est que partie remise, en juillet j’espère… Je pense que là bas, si j’ai bien compris le cours, je vais en voir des buttes-témoin, non ? Du coup merci pour cette leçon de géomorphologie, car je suis carrément nulle dans le domaine…

    • Plume dit :

      Euh je n’y suis jamais allée. Et la forêt est grande quand même…En ait j’illustrais que l’histoire du bassin parisien donnait lieu à des particularités locales très intéressantes. Donc à Fontainebleau tu verras un phénomène géologique local magnifique. Je te fais un focus dessus :
      -35 millions d’années (au Stampien) était la mer. L’axe Fontainebleau – Etampes était une côte, et Paris Meaux etc étaient sous l’eau. => dépôts de sable très importants dans le coin de Fontainebleau.
      Jusqu’à -30 millions d’années, le bassin parisien commence à se soulever. De cette mer ne subsiste que quelques rares chenaux envahis d’eau douce et orientés ONO – ESE
      Le fond de ces chenaux se cimente peu à peu en grès à la faveur des variations du niveau de la nappe soit chargée de silice (qui forme un grès solide) soit avec du calcaire (ce qui créée un grès friable)
      Dans le même temps, le vent remanie les sables et forme des dunes (voir le schéma de l’article).
      Plusieurs bancs plus ou moins réguliers et plus ou moins enfoncés en profondeur ont ainsi pu se former.
      -23 millions d’années, des lacs d’eau douce occupent la région => dépôts de calcaire sur les sables qui les protègent de l’oxydation. Ces sables restent donc purs (on les utilisait en verrerie (je ne sais pas si c’est toujours le cas).
      Puis avec le temps, l’érosion fait disparaître les calcaires.
      L’érosion continue encore en attaquant le grès. Le grès friable (cimenté avec du calcaire) disparaît, celui plus résistant demeure.
      Tu verras donc :
      – des empilement de blocs de grès posés sur du sable (non pas issu de l’érosion du gré comme on pourrait le penser au premier abord, mais simplement non grésifié. c’est étonnant, ça aurait pu être mon sujet d’aout !), c’est ce qu’on appelle un chaos. En fait à la base ce n’étaient pas des empilements mais des couches géologiques. Le grès friable a cédé à l’érosion, pas le grès silicé.
      – des plateaux lorsque le chaos n’a pas pu se former à cause de la grande résistance du gré à l’érosion. Dans ce cas, tu verras des altérations dans la roche : elles sont dues à des zones de faible résistance
      – des traces d’exploitation du grès (trous rectangulaires dans des blocs de grès, ou des traces de taille par exemple)
      – plein d’autres choses qu’il faudra nous raconter

  6. Pierre dit :

    Super la leçon de géo. Pour moi, la plus belle vue d’une butte témoin est celle de Sion-Vaudémont au sud de Nancy. Vue magnifique sur le plateau lorrain, les vergers de mirabelliers et les champs et forêts qui s’étendent jusqu’aux Vosges ! 🙂

    • Plume dit :

      Ce sera mon article du mois d’aout ! Un véritable coup de foudre… La vue sur le plateau lorrain est certes magnifique… mais juste la visite de Sion (église etc) et celle de Vaudémont (remparts), la recherche des étoiles et la légende valent le détour !

  7. Ping :Côtes et coteaux de Saône et Loire: AOC Maranges - Travelingaddress

  8. En effet la butte Montmartre est superbe ! Les buttes Chaumont ça compte?

  9. Cecile dit :

    Et bien me voilà bien mieux informé sur la géo de notre beau bassin parisien merci 😉 !!

  10. Caro dit :

    Article très original !

  11. Virginie C. dit :

    Quel cours de géologie ! Très intéressant. J’aime bien:-) Je regarderai ces buttes désormais. Bon chez moi, c’est complètement différent, alors ce ne sera pas tout de suite, mais je retiens!

  12. Sabrina dit :

    Un vrai cours que tu nous donnes là. C’est chouette ça. Merci m’dame.